Cette année marque le 25e anniversaire de la sortie en salles de Mariages, le film de Catherine Martin. Pour souligner cet anniversaire, le film sera présenté lors de deux projections spéciales, en présence de la réalisatrice :
- Cinéma Moderne — 9 septembre à 18h
- Cinéma Public — 11 septembre à 18h
Ce sera l’occasion idéale de découvrir Mariages pour la première fois ou de le revoir sur grand écran dans sa toute nouvelle version numérisée en 4K.
À l’approche de ces projections, nous avons posé trois questions à Catherine.
Voici ses réponses :
- Mariages a maintenant 25 ans. Qu’est-ce que le film t’a appris?
Que le réel, c’est fort! J’avais rêvé à ce film pendant au moins cinq ans ce qui fait qu’au tournage, il a fallu que j’ajuste presque à tous les jours le rêve à la réalité face à la météo très capricieuse de cet été-là, au temps de travail écourté exigé par un budget très serré pour un film d’époque (le film a été tourné en 25 jours), à composer avec la lourdeur d’une grosse équipe ce à quoi je n’étais pas habituée et à lutter pour me rapprocher le plus possible du film que j’avais en tête. Avec l’équipe et la production, nous étions très préparés, mais bien souvent nous avons dû chambouler les plans de tournage et ce dès le premier jour! Disons que pour un premier long métrage de fiction, ce fut ce qu’on appelle un baptême du feu. Je suis éternellement reconnaissante à Lorraine Dufour, la productrice qui n’a jamais cessé de croire au film et aux collaborateurs·trices et comédien·nes qui m’ont suivi sans relâche dans cette aventure.
- Si tu pouvais parler à la Catherine qui réalisait ce film, qu’est-ce que tu lui aurais dit?
D’avoir un peu plus confiance en elle et que les difficultés rencontrées pendant un tournage ne signifient pas nécessairement un échec (j’étais convaincue après le tournage que le film était raté…). Et qu’on apprend de ses erreurs!
- En quoi crois-tu que Mariages est encore un film pertinent aujourd’hui, au point de vue du sujet et les thèmes abordés?
Je ne sais pas si Mariages est un film « pertinent », mais je crois qu’un film doit traverser le temps et les époques. Ce film, je l’ai voulu le plus universel possible en racontant l’histoire vraie d’une femme qui a vécu au Québec dans un milieu rural durant les années 1940 et dont j’ai voulu corriger le destin par la fiction. Je me souviens aussi l’avoir fait en pensant rejoindre une jeune femme de 20 ans des années 2000 même si j’avais fait le choix de camper l’action en 1890. Parce que l’éveil à la féminité, à la sexualité et à la liberté d’une jeune femme qui découvre sa véritable nature et qui réalise sa capacité à vivre selon ses propres préceptes sans céder à une forme de domination et malgré les contraintes, reste encore difficile pour beaucoup de femmes même à notre époque. Je crois également que si le film reste d’actualité, c’est qu’on observe tant de reculs face à la situation des femmes que ça donne le tournis. À vrai dire, je n’en reviens pas. J’espère que Mariages peut toujours susciter la réflexion à cet égard. Le film dit aussi que la douceur, la foi dans un amour véritable et égalitaire doit continuer à animer les hommes et les femmes. Il y a quelques années, le film a été présenté à la Cinémathèque québécoise et des jeunes femmes d’à peine trente ans qui ne l’avaient évidemment jamais vu sont venues me dire que le film les avait bouleversées, qu’elles se reconnaissaient dans la quête d’Yvonne. Alors, ça m’a rassurée : le film traverse le temps. J’espère qu’il pourra continuer longtemps à être vu notamment par des jeunes femmes, mais aussi par des hommes. Le film s’adresse aussi à eux.
Découvrez les photos de tournage prises par Jean-Claude Labrecque
